Fichage politique illégal – Le SNJ défend les journalistes mis en cause par l’institut Thomas More
C’est l’un des sujets phares de la Commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale : Radio France manquerait de pluralisme, ses antennes et son personnel pencheraient trop à gauche. Pour étayer sa démonstration, elle s’appuie sur un rapport intitulé « Pluralisme et neutralité. L’équité de traitement et l’orientation politique des matinales de Radio France » écrit, à grand renfort d’intelligence artificielle générative, par l’institut Thomas More.
Cette « étude » pourrait paraître insignifiante, tant elle manque de sérieux et comporte de très nombreux biais… alors qu’elle entend justement dénoncer ceux qu’elle soupçonne au sein de l’audiovisuel public. Ainsi, au-delà de l’exemple risible de la météo classée à gauche du fait d’une allusion au changement climatique, remarquons, pour l’exemple, ce journal de 8h de France Inter qui, en moins de dix minutes, est classé à l’extrême droite et à l’extrême gauche, à cause des reportages diffusés.
Mais pour nous il y a plus grave encore. Cette étude franchit une ligne rouge, celle de l’interdiction du fichage des personnes en raison de leur appartenance politique, réelle ou supposée, de leurs opinions idéologiques, ici inventées.
Une trentaine de journalistes des rédactions de France Inter, France Info et France Culture voient ainsi leur nom accolé à une couleur politique, parfois plusieurs. C’est totalement inacceptable pour les personnes concernées et particulièrement dangereux pour la démocratie, au moment même où la remise en cause coordonnée de l’audiovisuel public rejoint les projets de privatisation portés par certains groupes politiques.
Une douzaine de journalistes de Radio France ont donc mandaté le SNJ pour agir, au titre du RGPD, afin d’obtenir l’effacement de leur nom de ce fichier illégal, et in fine le retrait de sa publication. Si l’Institut Thomas More ne donne pas suite à cette demande, sous les quelques semaines de délai légal, nous saisirons la CNIL.
Nous avons aussi signalé au régulateur européen l’utilisation d’IA pour de la catégorisation politique, du profilage et de l’analyse émotionnelle : autant d’usages interdits ou fortement encadrés.
Si d’autres acteurs se lançaient dans des actions de ce type, en collant une étiquette politique, religieuse ou idéologique sur le front des journalistes des rédactions de Radio France, le SNJ saisira la justice.
Le fichage en raison des idées, réelles ou supposées, est et doit rester illégal en France. C’est une protection élémentaire pour tous les citoyens, et le SNJ accomplit sa part pour la faire respecter.
Paris, le 21 janvier 2026
