Jean-Luc Mélenchon reprend la rhétorique de Trump contre Radio France et ses journalistes
En meeting à Lyon, ce jeudi soir, Jean-Luc Mélenchon avait besoin de « régler quelques affaires ». Ainsi, en pleine campagne pour les municipales, son premier sujet était de s’en prendre aux médias, en profitant d’une retransmission en direct -et donc sans filtre- de son discours sur BFMTV.
Sa cible principale : les rédactions de Radio France, celle de France Info, à travers son chef de service politique, et celle de la cellule investigation. Prendre ainsi à témoin son auditoire pour régler ses comptes avec nos rédactions n’est pas très digne d’un responsable politique, pas dans une démocratie, pas de ce côté-ci de l‘Atlantique. Car oui, nous avons eu l’impression de voir du Trump dans cette séquence. Sans surprise, Mélenchon confirme qu’il ne viendra plus dans les studios de France Info. Ainsi donc le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public pourra dire que nous ne sommes pas pluralistes.
Le patron de la France insoumise, en référence à son passé, nous a aussi fait le coup des pigistes qui triment, sous-entendu alors-que-les-journalistes-des-grands-médias-sont-des-planqués. Merci pour la leçon monsieur Mélenchon ! Nous savons bien de quoi il s’agit, à la fois parce que la plupart des CDI ont d’abord été pigistes, mais aussi parce que nous accompagnons et défendons les pigistes d’aujourd’hui à Radio France.
Et puis, comme si ça ne suffisait pas, voilà que Jean-Luc Mélenchon s’en prend au SNJ, le premier syndicat de journalistes. Notre tort ? Avoir dénoncé le fait qu’il choisisse les bons et les mauvais journalistes habilités à l’interviewer en conférence de presse, à la façon de l’Elysée ou, pour rester à Lyon, de Jean-Michel Aulas. Nous pensions que la France insoumise était attachée au droit à l’information, à l’indépendance des rédactions, aux services publics, à un fonctionnement démocratique sain… mais nous avons dû nous tromper. Si cela reste (on l’espère) vrai pour la plupart de ses élus et sympathisants, ce n’est clairement pas le cas de son chef.
L’encre n’est même pas encore sèche : il y a quelques heures nous écrivions dans un tract « Les journalistes de Radio France doivent pouvoir travailler sereinement », en dénonçant les méthodes du rapporteur et de certains élus de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public qui mettent en cause des journalistes publiquement, pour mieux servir leur cause. Nous ne voyons pas de différence avec ce que fait désormais Jean-Luc Mélenchon.
Les journalistes de Radio France étaient déjà menacés sur le terrain et sur les réseaux sociaux, les choses ne vont pas s’arranger. Que faut-il pour que ça s’arrête ?
