Commission d’enquête sur l’audiovisuel public : l’extrême-droite veut un service public de l’information aux ordres !

Depuis ce mardi 5 mai, le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public est accessible à tous. Sa lecture aura le mérite de lever les derniers doutes sur les véritables intentions de son rapporteur. Car, parmi ses 70 recommandations, Charles Alloncle préconise de confier la désignation des patrons de l’audiovisuel public à la présidence de la République! Avec, au passage, le rattachement des entreprises concernées au Premier ministre et non plus au ministère de la Culture, comme au temps de l’ORTF. Incroyable, venant d’un député qui se présente comme le héros du pluralisme, de la neutralité et de l’indépendance de Radio France et France Télévisions ! Son rêve est bien de donner les pleins pouvoirs aux prochains locataires de l’Elysée, qu’il imagine évidemment être issus de l’extrême-droite.

S’il se voit réellement en ministre de la Culture de Marine Le Pen et/ou de Jordan Bardella, c’est donc pour mieux participer aux choix des programmes, des éditorialistes et des sujets, pour pouvoir influer sur les lignes éditoriales et même sur la musique, puisqu’il préconise aussi de supprimer une formation musicale de Radio France, sujet dont il n’a jamais parlé devant les 234 personnes auditionnées. Et comme cette mainmise ne lui suffit pas, le rapporteur rêve de verrouiller les réseaux sociaux des salariés de l’audiovisuel public, en leur imposant un droit de réserve comme aux fonctionnaires ! Finalement, Charles Alloncle, qui voulait privatiser, se dit que ce serait mieux de tout fusionner pour mieux contrôler, en s’inspirant sans doute ce qui s’est fait en Hongrie.

Par ailleurs, le rapporteur est allé piocher dans les projets de ces dernières années, avec notamment une préconisation de fusion des locales d’ICI avec celles de France 3 d’ici trois ans pour, dit-il, économiser 138,6 millions d’euros (c’est précis !) sur le milliard qu’il compte retirer du budget de l’audiovisuel public. Mais il ajoute aussi sa touche, venue de nulle part, en demandant la fusion de France Info et de France 24, en oubliant au passage que ces deux chaînes ont aussi des radios adossées. Et bien entendu, il n’oublie pas de préconiser la renégociation des accords d’entreprise à Radio France, pour faire 50 millions d’euros d’économies, sur le dos des salariés, et notamment des journalistes.

Une commission qui va laisser des traces… dangereuses

On pourrait prendre ce rapport à la légère et se rassurer en lisant les contributions plus éclairées des autres membres de la commission, mais celle-ci aura laissé des traces. La commission a laissé prospérer la petite musique selon laquelle la France pourrait se passer d’audiovisuel public. Une position que des médias du privé ne cessent d’entretenir, parce que cela sert les intérêts idéologiques et financiers de leurs actionnaires. Le droit européen exige pourtant un audiovisuel public indépendant, puissant et disposant de financements pérennes.
Elle a ouvert la voie à tous ceux qui n’ont de cesse de dénigrer le service public de l’information, en instaurant un climat de défiance et d’animosité envers les journalistes de Radio France.
En interne, elle a créé de la pression inutile dans les rédactions, empêchées de travailler sereinement, ce qui est très inquiétant au moment où l’avenir de ces rédactions se joue dans les prochains scrutins nationaux.

Le SNJ s’est mobilisé et se battra encore avec ses adhérents et toutes les rédactions de Radio France contre les projets de fusion et de holding portés par ceux qui fantasment l’idée d’une grande newsroom sous les ordres d’une direction de l’information unique.

Les auditions à charge et maintenant ce rapport outrancier révèlent au grand jour le projet de l’extrême droite pour mettre au pas le service public. Le SNJ est prêt à mener cette bataille.

Lire aussi : Fichage politique illégal – Le SNJ défend les journalistes mis en cause par l’institut Thomas More
Voir aussi : l’audition des syndicats (dont le SNJ) et de la SDJ de Radio France devant la commission

Commission d’enquête sur l’audiovisuel public : l’extrême-droite veut un service public de l’information aux ordres !